Cycle Témoins de notre temps
Les textes de Louise Desbrusses sont tissés d'une invisible partition, notation qui court sous les lignes, fondue dans la texture même des phrases, dont le lecteur est l'interprète. C'est fait pour. Dans les romans de Louise Desbrusses, c'est donnant-donnant. L'auteure fait totale confiance à qui ouvre ses livres pour qu'il, elle peigne un monde, son monde, mette en scène sa propre pièce à partir de (presque) rien. À ce même interprète, en échange, de se prêter à la contrainte (presque) physique qu'impose la partition serrée, précise dans ses sonorités, son rythme, ses pièges, sa vitalité. « Une voix qui écrit », « Pour voix seule », « Jeux de voix », titrent L’Humanité, Libération, Epok à la parution de L’argent l’urgence.
Sens et sons peuvent-ils se fondre jusqu’à devenir matière ?
À s’accompagner l’une l’autre – qui dans l’exploration de la voix, qui dans celle de l’écrit – l’évidence fini par s’imposer. En 2010 Christiane Hommelsheim invite Louise Desbrusses à explorer avec elle et Ralf Haarmann la matière des poèmes du Cœur rectifié, à donner voix/corps aux petits signes noirs qui courent sur le papier.
Écrivaine et performeuse, Louise Desbrusses est l'auteure de deux romans, L'argent, l'urgence et Couronnes Boucliers Armures (P.O.L), d'une pièce radiophonique, Toute tentative d'autobiographie serait vaine (Lansmann éditeur) et de poésie. Dans ses essais regroupés sous le titre Du corps (&) de l'écrit, publiés par la revue Inculte, elle se demande : Quelle est l'invisible performance du corps de l'écrivain dont le texte est la trace ? Cette question l'a conduite – via sa complicité avec Christaine Hommelsheim et leurs nombreux échanges sur le processus de création – à l'écriture chorégraphique de Deborah Hay dont Louise Desbrusses adapte et interprète cette année le solo I think not, dans le cadre du Solo Performance Commissionning Project. Elle écrit actuellement son troisième roman.