Voilà déjà quelques saisons que l’Atelier Théâtre de la Vie s’affirme comme un lieu d’ouverture où ne cessent de se multiplier des rencontres entre de nombreux acteurs de la vie artistique visant à questionner l’acte théâtral dans sa complexité, sa singularité mais aussi sa fragilité. Le concept d’atelier est renforcé cette saison par la mise sur pied d’un work in progress qui, lors de trois rendez-vous publics, rendra visible le processus de création de deux spectacles distincts : Le viol de Lucrèce de Shakespeare par L’Atelier Corneille et Faisons des vivants par le Theatropolitain.

  • 2ème RDV public

samedi 23/04 à 20h15 : Le Viol de Lucrèce

dimanche 24/04 à 20h15 : Faisons des vivants

lundi 25/04 à 17h : Faisons des vivants //  20h15 : Le Viol de Lucrèce

  • 3ème RDV public

vendredi 29/04 à 20h15 : Faisons des vivants

samedi 30/04 à 20h15 : Le Viol de Lucrèce

 

FAISONS DES VIVANTS 

Dans la parole fragile de « l’entre », entre intime et universel, entre dit et non-dit, vrai et faux, Faisons des Vivants est un processus d’exploration de ce qui fait ce que nous sommes, de ce qui nous a été transmis.

Les soirées On est en train de travailler et ça progresse cherchent à rendre visible ce processus, et nous offrent une belle liberté : celle des digressions.

 

2ème RDV public : Autour du conte, digression (1), avec les ombres, les prédictions, les malédictions, la forêt, le loup, les fées douces ou cruelles et bien d’autres choses encore…

 

3ème RDV public : Autour de la parole des gens, digression (2), avec des mots, des chansons, des phrases, des souvenirs, des blessures, des histoires, des invités et bien d’autres choses encore…

 

Faisons des Vivants, un projet de Christine Horman et Isabelle Puissant, avec tout autour Nathalie Boulanger, Hélène Désirant, Bertrand De Wolf, Aurélie Forges, Kevin Matagne, Francesco Mormino et Gaëtan van den Berg.

 

LE VIOL DE LUCRECE

 

Écrire dans l’instant. Créer dans l’instant ?

À Londres, en ce temps-là, la peste se répand et décime. Les théâtres sont fermés, Shakespeare écrit ce « Viol de Lucrèce ». Il a le temps, mais pas trop : on meurt jeune en ce temps-là, avec ou sans peste.

Dans ce « Viol », pour moi metteur en scène, j’y ai d’abord vu le conflit quasi mythique du masculin et du féminin. J’y vois plus aujourd’hui le conflit né de tout ce qui nous sépare, divise et différencie.

Alors, comme toujours, je rassemble autour d’un texte des hommes et des femmes de théâtre avec qui j’aime travailler, beaucoup. « C’est l’acteur qui va tout revolver » a écrit Novarina. « Oui ! d’accord avec vous, Valère ! »

« Mais pour représenter le Monde entier, sa grandeur, il faut la petitesse du théâtre. Car aucune scène ne sera jamais à la mesure du Monde. » disait Vitez. « Oui, d’accord avec vous, Antoine ! »

Alors, sur ce plateau de théâtre pour raconter, mettre en scène et entrer en empathie avec les personnages de cette tragédie, il y a trois sorcières. Trois sorcières, trois âges. Monique (celle qui raconte), Annette (celle qui met en scène) et Isabelle (celle qui pénètre les êtres). Trois sorcières comme des déclinaisons de notre chère Lucrèce, d’une Lucrèce qui aurait survécu à la tragédie. Trois sorcières tour à tour sauvages et résistantes, mémoire populaire et ancestrale, hors-la loi et vagabondes, ignorantes de Dieu et insurrectionnelles, grandiloquentes et intimes.

Alors sur ce plateau du Théâtre de la Vie évolueront les personnages de cette tragédie, ceux de ce superbe poème dramatique – entre poésie épique et théâtre – à la fois acteurs de la tragédie et penseurs de la psyché humaine.

La première étape de travail ouverte au public ce 27 décembre 2010 consistait, sous la forme d’une lecture-spectacle, à faire entendre la prise de parole de tous les protagonistes de notre histoire, ainsi que le jugement final de la Cité donné à ces deux crimes : le crime du violeur contre Lucrèce et le crime de Lucrèce contre elle-même (et/ou contre la Cité qui n’a pu prévenir le premier crime).

Cette deuxième étape de travail ouverte au public consistera à commencer à créer des espaces et des temps pour faire entendre la parole des acteurs de notre histoire. Cette exploration du texte et cette rencontre avec le public, je les voudrais sincères, risquées, dialectiques, belles et surtout bouleversantes, pour nous et pour le spectateur.

« Rien de ce qui est vrai ne me bouleverse » disait Kalisky. « Oui ! d’accord avec vous, René !»

Le poème de Shakespeare se termine par un jugement : le bannissement du violeur et l’exposition du corps ensanglanté de la violée . Ce jugement de la Cité romaine – ferment du passage de la Royauté dictatoriale à la République – , c’est celui auquel le spectateur d’aujourd’hui dans le petit espace du Théâtre de la Vie est invité à confirmer ou à rejeter.

Afin que tout s’écrive dans l’instant. Se crée dans l’instant ?

Jean-François Politzer, février 2011

 

Le viol de Lucrèce, un projet de L’Atelier Corneille. Avec Rachid Benbouchta,Annette Brodkom, Xavier Chau, Julien Coene, Cédric Delaunoy, Monique Dorsel, Pierre Hazaert, Aurore Latour, Alex Lorette, Jean-François Politzer, Isabelle Renzetti.

Une production de l’Atelier Corneille.

 

 

Comment travaillez-vous ? Comment vous projetez-vous aujourd’hui dans ce work in progress ?


L’Atelier Corneille : « Le concept du work in progress se retrouve dans le fonctionnement même de L’Atelier Corneille. Nous travaillons à partir d’une matière théâtrale avec un certain nombre d’acteurs et nous ouvrons ensuite le travail au public. La représentation devient alors la dernière étape de ce qui est un work in progress permanent. Dans le cadre de ce work in progress à l’Atelier Théâtre de la Vie, les différentes étapes seront le résultat d’une recherche, d’un atelier, d’un laboratoire où la méthode d’approche sera présentée. Ces étapes qui correspondent à une phase arrêtée du travail seront des représentations à part entière. Il se dira quelque chose de de là où on en est et non de là où on veut arriver. Il est primordial de rester dans cette logique d’atelier qui ouvre sur la possibilité d’aller ailleurs. Depuis la création de L’Atelier Corneille, nous menons un travail de recherche en alternant théâtre dit ancien et théâtre contemporain dans le souci de ne pas opposer patrimoine culturel et modernité. Le travail sur « Le viol de Lucrèce » de Shakespeare ne fonctionnera pas autrement. Nous partirons d’un jeu avec des règles simples et ensuite nous complexifierons les règles choisies. Pour la première étape publique, nous pensons aborder la notion d’épisode avec radicalité. Le cadre pourrait être défini comme tel : 
1. Cela se passera sur la scène du Théâtre de la Vie 
2. Cela durera 4×1/4d’heure 
Les épisodes pourraient être proposés comme tel : 
1. Tribune offerte à Jean Gillibert, traducteur du « Viol de Lucrèce », 
2. Pourquoi je veux mettre en scène le « Viol de Lucrèce », 
3. Pourquoi nous allons monter le « Viol de Lucrèce », 
4. « Le viol de Lucrèce » lu par les acteurs. Ce canevas n’est jamais qu’une hypothèse de travail, tout ça doit être encore confirmé. »

Jean-François Politzer, pour L’Atelier Corneille

Le Theatropolitain : « Le concept du work in progress est inhérent à la manière dont la compagnie fonctionne. Nous travaillons sur du long terme et nous avons l’habitude de montrer les étapes du travail en cours à un public que nous convions. Les retours permettent de faire évoluer le projet. Nous mettons à peu près deux ans pour construire un spectacle. 
Les pistes, le questionnement dramaturgique, l’évolution du texte ne se définissent pour nous ni par thème, ni par personnage, ni tout autre chose, mais par la situation dans le processus de création. Notre repère : le temps qui passe… Nous n’avons jamais monté de texte existant, toute la matière est toujours à créer. Nous travaillons à partir de nos paroles. Une fois qu’une première proposition est « viable » nous l’ouvrons aux artistes qui créent autour et avec nous un univers. C’est un moment déterminant. Une parole intime très personnelle, qu’on entend plus fréquemment sur un divan que sur une scène, cette parole que l’on cherche à ouvrir sur le monde sans impudeur, pour laquelle on cherche une théâtralité, vit sa première confrontation. Tout devient affaire d’alchimie… Pour « Faisons des vivants » dont le point de départ est l’enfance ainsi que le projet d’avoir des enfants ou pas, nous testerons une forme nouvelle : la dimension onirique et symbolique du langage conté, proche de la parole magique. Des personnages de conte porteront ce langage afin de quitter l’anecdote ou l’intimité des acteurs et de permettre aux spectateurs de se projeter plus facilement. Nous alternerons entre la voix contée et la voix intime des acteurs. Nous nous situons sur un fil qui, inévitablement, pose des questions de théâtralité. Nous sommes dans l’ambivalence, dans une parole fragile de « l’entre », entre l’intime et l’universel, entre le dit et le non dit, entre le vrai et le faux, entre le pudique et l’impudique, entre tristesse et sourire… Aujourd’hui, nous pouvons dire que le mouvement général de nos spectacles est de nous montrer adultes à un moment précis, dans le présent de nos vies : De quoi sommes-nous fait ? Qu’avons-nous envie de raconter ? Vivons-nous notre vie ? . Car vivre notre vie est bien moins simple qu’on peut le croire, la décision est quotidienne. Le spectacle se veut un geste réparateur, celui où nous mêlons nos histoires, nos mots, nos sourires et nos détresses. Nous parlons, nous nous racontons, nous chantons… »


Christine Horman et Isabelle Puissant, pour le Theatropolitain

Propos recueillis par Nathalie Kamoun auprès de Claudia Gäbler (Théâtre de la Vie), Christine Horman et Isabelle Puissant (Theatropolitain), Jean-François Politzer (Atelier Corneille). Mars 2010.

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